J’aime pas la publicité émotionnelle

En bon vieux publicitaire que je suis, je sais que je devrais aimer cela. Je sais que je devrais fondre devant les spots hyper émotionnels d’Intermarché, de Monoprix ou encore de Cailler, Nutella… Et je vous jure que j’ai essayé. Ces films, je les ai vus, revus. J’ai vu les milliers de « like » sur les réseaux sociaux, lu les panégyriques dans la presse professionnelle. J’ai compté sur mes deux mains les lions et les récompenses que les plus brillants d’entre eux ont glanés. J’ai même voulu les aimer pour les amis qui les avaient faits. Mais rien n’y fait. Je n’y arrive pas. C’est plus fort que moi. Ces adolescents qui tombent amoureux dans les bus, dans les écoles ou dans les supermarchés, je ne peux pas. Je n’y crois pas une seconde. Les histoires qu’inventent ces marques me laissent de glace. Je préfèrerais de loin qu’elles me disent ce qu’elles font pour moi, en bon égoïste que je suis. N’allez pas croire que je sois un animal totalement froid, dépourvu d’empathie, incapable d’éprouver le moindre sentiment. Ça m’arrive même régulièrement de m’émouvoir au cinéma, avec un roman et bien sûr devant des pubs. Mais celles-ci, rien. Même pas un poil qui se dresse.

En fait, tout ça, c’est de ma faute. Je déteste les récits cousus de fil blanc. Je leur préfère les histoires biscornues, cabossées, moins gentilles, plus sombres, où les sentiments se mélangent, où les choses ne sont pas écrites d’avance, où la musique n’en fait pas des tonnes. Et surtout, j’aime les histoires qui me parlent du monde dans lequel je vis. Des histoires en prise avec le réel. Bref des histoires comme il y en a dans la vie, la vraie et pas comme celles qu’on trouve dans les contes de fées ou les romans à l’eau de rose. Barbara Cartland, c’est pas mon truc. J’entends ici des voix misogynes me susurrer que ces pubs sont pour les filles et que la ménagère de moins de cinquante ans c’est avant tout une fille, qui adore les contes de fées, les happy ends, les princes charmants et les chats sur internet. Trop facile. Les filles aujourd’hui, sans être toutes comme les héroïnes de Divines, ne sont plus comme ça. D’autres, toujours aussi peu élégants, me relègueront au rang de vieux con, en me faisant remarquer que cela plaît aux jeunes.  Vous ne m’enlèverez pas de l’esprit que les jeunes préfèrent la libido débridée des pubs Axe ou Old Spice à ces récits sirupeux pour pré-adolescentes boutonneux.

L’autre explication à mon hermétisme, c’est sans doute que je prends trop le bus à Paris pour croire qu’on peut y rencontrer l’amour et que je fréquente un peu trop les supermarchés de banlieue pour savoir que le black c’est pas le pote du héros blanc, mais la caissière.

Pour finir, c’est vrai aussi que j’aime faire l’inverse de ce qu’on me dit. Quand tous les signaux clignotent pour m’émouvoir, qu’on en veut à ce point à mon petit cœur, je prends la tangente.

En fait, je suis timide. Moi, pour m’émouvoir, il faut me surprendre, m’étonner, me choper au moment où je ne m’y attends pas, me donner des preuves d’amour et surtout faut pas avoir peur de baisser le masque et de me dire les choses telles qu’elles sont.

I am a lonesome cowboy……

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